Quentin : Je m’appelle Quentin, j’ai 34 ans, et je vis entre Paris et la Normandie avec ma compagne Héloïse et notre chienne, Ortie. Je fais partie de Karuna-Shechen depuis 2014 et j’en occupe la fonction de directeur exécutif depuis 2020. Avant cela, j’ai travaillé dans le secteur du conseil en stratégie à Paris et à New York, pour des grands groupes privés.

Quentin : J’ai grandi dans un contexte où je n’ai manqué de rien. C’est durant mes études que ma vocation s’est révélée, lorsque j’ai fait du bénévolat pour le Secours catholique à Paris. J’avais une vingtaine d’années et pour la première fois, j’ai été en contact de grands exclus vivant dans la rue. Ça a été la première expérience qui a planté une graine, qui ne m’a jamais quitté. Je me suis dit que je voulais que mon métier contribue à apaiser les souffrances des personnes. Par la suite, j’ai poursuivi ce chemin en Afrique du Sud, dans une région très affectée par le SIDA, où j’ai travaillé dans un village d’orphelins. En sortant de cette expérience là, je me suis dit, que c’est sûr que je continuerai dans ce domaine là. En 2014, j’ai croisé la route de Karuna parce que j’avais lu les écrits de Matthieu Ricard. Très inspiré par les enseignements bouddhistes à titre personnel, j’ai voulu rencontrer Matthieu. J’étais en Inde à ce moment-là, et j’ai proposé mon aide à Karuna. J’étais censé rester trois jours, pas plus. Mais finalement, je suis resté huit mois en Inde, puis au Népal.

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Quentin : Oui. C’était en 2022, dans le sud du Népal, dans la région de Kapilvastu. Nos équipes avaient identifié des besoins dans certains villages et on s’y est rendus. On est arrivés dans des lieux avec un degré de pauvreté qu’on n’avait encore jamais rencontré. Il n’y avait aucune toilettes dans le village, les systèmes d’irrigation d’eau ne fonctionnant pas, il y avait donc de l’eau croupie partout, et une forte chaleur.  

Je me souviens d’une jeune grand-mère de trente ans n’ayant jamais été à l’école, même pas aux premières classes, là où j’imaginais que seules les personnes très âgées étaient privées d’instruction. En discutant avec les autorités locales et un groupe de villageois motivés à changer les choses, j’ai su qu’on était au bon endroit.​

Après notre intervention, trois ans plus tard, le village était méconnaissable : il disposait de toilettes, l’eau potable coulait à nouveau et des structures d’accueil pour les tout-petits avaient vu le jour. On a également lancé des programmes de développement économique. Désormais, certains foyers dans ce village cultivent plus de 200 kg de curcuma par récolte, générant un revenu substantiel.

Grâce à nos programmes, les autorités locales ont aussi pu repenser leurs priorités :  il ne s’agissait pas tant de construire de nouvelles infrastructures ou d’ouvrir des écoles, mais d’investir d’abord dans la formation des enseignants et des parents.

Ce qui m’a le plus touché, c’est le succès des « Conseils pour un avenir meilleur », les groupes d’agriculteurs et les associations de femmes. En mettant en lien des personnes avec des défis et aspirations communes, on a favorisé la co-construction de solutions et renforcé leur autonomie.

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Quentin : Chaque jour, je suis témoin du dévouement, de la créativité et de la solidarité de nos équipes, en Inde, au Népal, en France. C’est une immense source d’inspiration et de confiance dans notre capacité collective à faire grandir l’impact de Karuna. Et au-delà de ça, c’est l’inspiration bouddhiste et le fait que Karuna puisse être un moyen habile, un lieu où l’on soit invité à cultiver nos qualités humaines, avec humilité et sans jugement. Ça me motive de faire de ce souhait une réalité pour les employés et les bénévoles. C’est ce qui m’inspire et me motive.

Quentin : Je ne suis pas fan du terme « professionnalisation », qui peut suggérer qu’on était une équipe désorganisée. Pour moi, 2018 marque plutôt le début d’une phase d’optimisation de l’impact : on a développé les projets dans divers contextes et affiné notre vision. Cette période nous a permis d’installer les structures nécessaires au plein déploiement de l’organisation.

L’autre avancée majeure depuis 2018, est la participation constante et incrémentale des communautés au sein des projets : elles ne sont pas de simples bénéficiaires mais de véritables actrices, impliquées à chaque étape du processus.

Quentin : Dans cinq ans, je vois Karuna-Shechen développer encore plus son approche holistique, la rendre toujours plus densifiée, systématiser notre présence, clarifier nos stratégies de sortie et accompagner ainsi sur tout un territoire. Ce que l’on constate, en Inde comme au Népal, c’est que cette approche holistique et le fait de répondre aux besoins exprimés par les communautés, sont des principes d’action rares : la plupart des ONG sont spécialisées sur une ou deux thématiques, ou se limitent à une ou deux priorités, par exemple l’éducation et la santé.  Quand on intervient dans un village, on n’est peut être experts d’un domaine spécifique, mais on est au moins certains de répondre de manière complète aux premiers besoins des communautés. 

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Quentin : Je pense que c’est le grand défi de notre organisation. Pour moi, les valeurs d’une organisation ont besoin d’être incarnées dans des modes opératoires, des moments du quotidiens et des rites informels. Sur le plan individuel, on met à disposition des outils d’intelligence émotionnelle via des formations de pleine conscience, des ateliers de coaching pour les responsables, des temps de méditation journaliers et des exercices de centrage avant chaque réunion. Ça aide à mieux reconnaître ses émotions et accueillir celles des autres avec bienveillance. Ensuite, l’intelligence collective nous apprend à nous relier les uns aux autres et à travailler tous ensemble. On pose les bases de la responsabilisation des personnes qui travaillent dans Karuna-Shechen pour casser les codes hiérarchiques classiques. Enfin, la dimension systémique, c’est reconnaître et comprendre que la vision d’un monde plus altruiste est quelque chose qui nous dépasse complètement. Cela se traduit par notre « raison d’être évolutive » : tout collaborateur peut proposer un projet et le lancer sans processus décisionnel lourd, créant un environnement propice à l’innovation et la créativité.

​​Quentin : Mon rôle est double : d’une part, faire émerger un cap collectif ; d’autre part, jouer une fonction de support. Je me vois d’abord comme un facilitateur, là pour écouter, relier, et soutenir les équipes dans ce qu’elles font de plus beau : ensemble, nous définissons la direction à suivre. Je n’ai pas l’initiative exclusive, même si je participe activement aux discussions, mais ma voix pèse autant que celle des autres. Quant à mon rôle de support, je suis présent dès qu’un défi ou une problématique survient, pour aider chacun et créer des ponts entre les équipes afin de faciliter la collaboration.

Quentin : Je pense qu’un des défis de cette année est d’intégrer plus à nos interventions des partenaires ultra-spécialisés. Comme on l’a fait avec le Docteur Ruit par exemple pour les opérations de la cataracte. Cela nous permettrait de donner plus d’impact à nos programmes et parce que l’on ne peut pas être expert en tout ni se former à tout. 

Découvrez tous nos projets partenaires

Quentin : Tout d’abord c’est un exercice qui nous sert beaucoup en interne, puisqu’il s’agit d’un exercice de réflexivité, c’est un moment de pause. On regarde ce que l’on a accompli, on retraverse certains challenges, certains défis. C’est un moment de bilan et d’évaluation de ce qu’on a fait pendant l’année, un engagement à fournir une représentation fidèle et transparente de la gestion de nos ressources. En externe, c’est aussi une manière d’exprimer notre gratitude par rapport au soutien que l’on reçoit chaque année. C’est aussi un moment d’émerveillement de toute cette chaîne d’interdépendance des donateurs et donatrices jusqu’aux programmes.