Un contexte compliqué pour la jeunesse Indienne 

En Inde, les jeunes, surtout en milieu rural, se heurtent à de nombreux obstacles pour accéder à un emploi digne, ce qui limite fortement leurs perspectives d’avenir.

Plusieurs raisons expliquent cette entrave à leur plein potentiel :  l’accès limité à l’enseignement supérieur, la difficulté à s’insérer sur le marché du travail, et le besoin persistant de migrer vers les villes pour trouver un emploi. 

Cette situation précaire touche plus particulièrement les femmes. En effet, en Inde rurale, ces dernières conjuguent une faible participation au marché du travail formel avec des normes sociales restrictives, entravant leur indépendance.

Selon la Banque Mondiale, la participation des femmes au marché du travail en Inde a chuté de 33,7% en 1991 à 27% en 2021.

Pour un dispositif durable et pérenne

Dans ce contexte, les programmes de formation professionnelle proposés par Karuna-Shechen apparaissent non seulement comme une alternative, mais également comme un réel outil de transformation. Alliant compétences pratiques et potentiel de gain, ces formations offrent aux individus la possibilité de prendre le contrôle de leur vie, et participer à celle de leur communauté. 


Lancées en 2014, les formations proposées ont permis de former plus de 1 000 femmes à la broderie, à la couture et aux pratiques artisanales respectueuses de l’environnement, leur offrant ainsi une plateforme de prospérité.

Initialement organisées dans la région du Bihar, c’est en 2020 que les formations ont été étendues au Jharkhand. 

Allier formation et revenu dès les premiers mois

Contrairement à des programmes classiques où les femmes poursuivent une formation et la mettent en pratique dans un second temps, notre projet professionnel se distingue, en associant les étudiantes dès le début de leur formation à des activités rémunératrices. 

L’approche Gagner en apprenant leur permet d’ancrer immédiatement leurs apprentissages dans la pratique, mais aussi de commencer à subvenir à leurs besoins de manière concrète, renforçant ainsi leur autonomie dans la durée.

A travers cet article, ce sont ces étudiantes qui prennent la parole, et reviennent sur l’apport que les formations professionnalisantes ont eues sur leur parcours de vie.

Les premiers pas dans l’entreprenariat 

Jaya Rani Pal a 28 ans. Originaire du village de Pawru dans le Jharkhand, elle raconte ses débuts dans la couture : « Je me suis inscrite aux cours de couture et d’artisanat en 2021, avec le rêve de devenir financièrement indépendante. Les conseils de notre formatrice, Gayatri Ma’am, ont changé ma vie. Avec son aide, j’ai rapidement appris la couture. Aujourd’hui, je dirige ma propre petite entreprise et je gagne entre 500 et 100 roupies par mois grâce à mes travaux de couture et de broderie. Je reçois des commandes de clients vivant dans les environs de Hata et Haludpukur. »

Je suis à la fois heureuse et fière. Mon rêve est d’ouvrir un jour une boutique où mes vêtements créatifs seront vendus.

Jaya Rani Pal

Saraswathi Pal a quant à elle 35 ans. Également originaire du Jharkhand, elle a suivi une formation à l’artisanat dans notre centre professionnel. Elle gère maintenant une petite entreprise de couture à domicile, où elle gagne entre 1500 et 2000 roupies par mois, ce qui lui permet de payer le déjeuner de ses enfants et d’acheter les choses qu’elle aime. Avec un mari et une famille qui la soutiennent, elle rêve de développer son entreprise. 

Mon mari aime mon travail et m’encourage à poursuivre mon souhait d’ouvrir un jour une boutique à part entière. Nous économisons tous les deux pour cela.

Sarawathi Pal

Couture et hygiène menstruelle : une synergie au service des femmes

Kumkum vit dans la région du Bihar. Après son mariage, elle était déterminée à trouver un moyen de subvenir à ses besoins et d’apporter une contribution significative à sa famille. Elle s’est inscrite à notre cours de couture, où son dévouement et sa concentration ont été remarqués très tôt. Reconnaissant son potentiel, son professeur l’a encouragée à se lancer dans la couture de serviettes hygiéniques, dans le cadre de notre programme d’hygiène menstruelle visant à fournir des solutions durables et dignes pour la santé des femmes. 

J’ai saisi l’occasion à bras-le-corps. J’ai même acheté ma propre machine à coudre, m’engageant à faire de mes compétences un moyen de subsistance. Je gagne environ 10 roupies pour chaque serviette hygiénique que je produis.

Kumkum

Son travail lui permet non seulement de gagner sa vie, mais aussi d’être utile à d’autres femmes et jeunes filles de sa communauté, en répondant à un besoin concret avec dignité.

Les témoignages de ces femmes reflètent plus que de simples réussites individuelles, ils démontrent un impact collectif rendu possible lorsque des communautés sont soutenues avec écoute et bienveillance.

En permettant aux femmes d’accéder à une formation conjuguant apprentissage théorique, expérience pratique et gain de revenus, Karuna-Shechen leur redonne la capacité d’agir avec autonomie et dignité. 

​​L’approche de Karuna-Shechen démontre qu’un développement véritable et durable ne dépend pas forcément d’actions à grande échelle : il peut naître de petites opportunités.

Je soutiens l’autonomisation des femmes Indiennes

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Pour aller plus loin :

Inclusion féminine en Inde rurale. Entre promesses politiques et réalités sociales, Christophe Jalil Nordman, Dauphine éclairages, 12 décembre 2024.