Briser le tabou des règles

Privée d’accès à une hygiène adaptée, Goma composait chaque mois avec des solutions de fortune, souvent précaires. « Avant, quand je travaillais, les chiffons pouvaient glisser ou tomber », se souvient-elle.

L’usage de tissus déchirés et réutilisés était l’une des seules options qui s’offraient aux femmes, imposant un retrait forcé : les filles manquaient l’école, tandis que les femmes s’effaçaient de la vie publique, plusieurs jours par mois.

Pour Goma, l’impact du projet dépasse largement l’accès à une protection hygiénique. Avant cette initiative, les règles étaient synonymes de honte. Aujourd’hui, la parole a remplacé la gêne. Goma témoigne de cette métamorphose :

Depuis le début de ce projet, j’ai compris l’importance de la santé menstruelle et j’ai partagé ce savoir avec les autres. Désormais, dès qu’une difficulté surgit, nous en discutons ensemble pour trouver une solution.

Son nouveau savoir-faire a permis d’estomper l’anxiété qui l’habitait autrefois. « Depuis que j’ai accès à des serviettes hygiéniques, je me sens beaucoup plus à l’aise pour poursuivre mes activités en public », confie-t-elle.

Mais ce qui émeut le plus Goma, c’est la solidarité née entre les femmes au cours de cet apprentissage  « Nous nous aidions mutuellement en nous rappelant quand changer de serviette hygiénique, quelles bonnes pratiques adopter et comment fabriquer des serviettes hygiéniques à la maison. Nous avons même fabriqué des serviettes hygiéniques les unes pour les autres. » Ces connaissances circulent et se transmettent entre amies, au sein des foyers, dans la communauté.

Quand les femmes reprennent leur place

L’élan lancé par Goma et ses voisines se diffuse dans toute la région de Khaniyabas. L’apprentissage des premiers jours s’est transformé en une habitude collective :  les femmes qui s’isolaient autrefois participent pleinement à la vie locale.

Cet impact profite à toutes, incluant les femmes en situation de handicap, celles souffrant de troubles mentaux ou les familles les plus précaires. Les résultats sont concrets : l’absentéisme scolaire des filles recule, tandis que les mères s’investissent plus régulièrement dans leur travail et les projets de la communauté. Surtout, le silence pesant a cédé la place à des échanges ouverts autour de la question des règles. Goma résume cette transformation :

Une mère doit être en bonne santé et éduquée. Avec de la volonté et des compétences, la vie devient plus simple et plus saine.

En reprenant la main sur leur santé, ces femmes ne s’effacent plus. Elles peuvent enfin suivre une formation sans interruption, aller au marché ou faire entendre leur voix lors des réunions de quartier. Cette capacité à être là, chaque jour du mois, n’est pas un détail : c’est le socle indispensable sur lequel se construit leur avenir.

 Soutenez l’autonomie des femmes pour que leurs règles ne soient plus un frein

Dans d’autres villages d’Inde et du Népal, de nombreuses femmes renforcent leur autonomie, partagent leurs savoirs et transforment les équilibres de leur communauté. Découvrez leurs témoignages et explorez comment, ensemble, elles contribuent à faire évoluer durablement leur environnement.