À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le parcours de Bindu rappelle une réalité essentielle : lorsque les femmes ont accès à l’éducation, elles renforcent bien plus que leur propre avenir. Dans son village de Bhelwa, au Bihar, Bindu a retrouvé le chemin de l’apprentissage et, avec lui, une voix et une place nouvelle au sein de sa communauté. Découvrez son histoire.
Retrouver le goût d’apprendre
Bindu vit avec son mari, Uday Mistri, ouvrier journalier, et leurs quatre enfants. Avant de rejoindre les cours d’éducation non formelle (ENF) de Karuna-Shechen, la vie de Bindu était comme celle de toutes les autres femmes mariées de la communauté : « Ma vie tournait 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, autour de ma famille. Avec quatre enfants, on n’a pas le temps de penser à soi-même ».
Entre les tâches domestiques et son rôle de mère, le quotidien de Bindu s’arrêtait au seuil de sa maison. Faute de temps et de savoir, elle restait en marge des décisions du village. Bindu avait entendu parler des cours de l’éducation non formelle par l’assistante sociale de Karuna-Shechen, mais avait rejeté l’idée d’étudier « à cet âge ».

Bindu raconte ce qui l’a fait changer d’avis : « J’ai quitté l’école très tôt et j’ai fini par me marier très jeune. Avec le temps, j’ai perdu le peu que j’avais appris quand j’étais enfant. Mais chaque fois que je passais devant le centre ENF, je voyais des femmes écouter l’instructeur ou interagir avec enthousiasme. Elles semblaient apprécier le processus d’apprentissage. Tout cela m’a rendu nostalgique de mes années d’école et j’ai commencé à envisager de rejoindre ENF. Mon mari m’a beaucoup soutenue et m’a encouragée à recommencer à apprendre. J’ai donc finalement trouvé le courage de m’inscrire aux cours », sourit Bindu.
« Même si j’avais appris l’alphabet et les chiffres à l’école primaire, je les avais complètement oubliés au fil des ans. Alors quand j’ai rejoint la ENF, j’étais très anxieuse. J’avais peur qu’on se moque de moi. » Face à ses doutes, l’instructeur du centre ENF a su la rassurer. Il l’a encouragée à être patiente avec elle-même, lui promettant que les blocages des premiers jours finiraient par disparaître avec la pratique.
Avec le recul, je suis très heureuse de ne pas avoir abandonné, d’avoir suivi les conseils de mon instructeur et d’avoir continué à assister aux cours. Je ne serais pas la personne que je suis aujourd’hui si ma peur d’apprendre et d’être ridiculisée avait pris le dessus.
L’alphabétisation comme levier d’autonomie et de confiance
Grâce à ses connaissances et à la formation, Bindu a commencé à consacrer une heure par jour à aider ses enfants dans leurs études.
« En quelques semaines, tout ce que j’avais appris à l’école primaire m’est revenu. Et maintenant, j’en sais beaucoup plus que ce que j’avais réussi à apprendre pendant ma scolarité primaire ; je peux lire plusieurs pages d’affilée sans trop d’aide. Je sais aussi faire des calculs mathématiques élémentaires comme l’addition, la soustraction, la multiplication et la division. Maintenant, je m’efforce de m’asseoir avec mes enfants lorsqu’ils étudient. Ils ont compris qu’ils ne peuvent plus trouver d’excuses pour échapper à leurs devoirs », dit Bindu en riant.
Cet engagement apparemment modeste a eu un impact significatif. Aider ses enfants dans leurs études lui a donné un nouveau but et une nouvelle confiance en elle. Bindu raconte qu’auparavant, elle hésitait à parler ouvertement ou à s’engager dans des situations publiques.

Aujourd’hui, je communique avec plus d’assurance et je peux gérer de manière autonome des tâches telles que me rendre à la banque, remplir des formulaires et comprendre des documents officiels.
Dans ce contexte, l’alphabétisation a renforcé non seulement ses compétences pratiques, mais aussi sa voix et son pouvoir d’action.
Des femmes actrices du changement collectif
Grâce à l’implication collective des femmes dans les centres ENF, les interactions sociales au sein des foyers se sont améliorées et la sensibilisation à l’éducation s’est accrue dans les villages. En tant que parents, ces femmes sont désormais plus attentives aux progrès scolaires de leurs enfants. Elles encouragent la fréquentation régulière de l’école, coordonnent leurs efforts avec les enseignants et partagent des informations sur les initiatives en matière d’éducation et de bien-être. Bindu a également commencé à sensibiliser ses enfants à l’hygiène, renforçant ainsi les pratiques constructives au sein de son foyer.
Ce que j’ai appris au centre NFE m’a fait prendre conscience qu’au-delà de la gestion du foyer, les femmes contribuent activement à l’éducation des enfants, à l’accès aux programmes gouvernementaux, à la participation aux processus décisionnels locaux et assument des responsabilités lorsque des actions collectives sont nécessaires.
Elle souligne qu’un changement significatif commence par un changement de mentalité et une volonté d’aller de l’avant.
Bindu espère désormais voir son village grandir par l’éducation et l’entraide. Son parcours prouve qu’un apprentissage, même tardif, change tout : en gagnant en savoir et en assurance, une femme ne transforme pas seulement sa propre vie, elle devient un pilier pour sa famille et toute sa communauté.
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Dans d’autres villages d’Inde et du Népal, de nombreuses femmes renforcent leur autonomie, partagent leurs savoirs et transforment les équilibres de leur communauté. Découvrez leurs témoignages et explorez comment, ensemble, elles contribuent à faire évoluer durablement leur environnement.