Dans les plaines de Kapilvastu, dans la région du Tarai au Népal, les jeunes enfants commencent souvent leur parcours éducatif dans des conditions loin d’être idéales. La plupart des bâtiments scolaires sont construits en béton armé, un matériau qui retient la chaleur pendant les longs mois d’été et devient particulièrement froid en hiver. Pour les jeunes enfants, ces conditions peuvent rendre l’apprentissage plus difficile.
À Bijayanagar, un autre obstacle compliquait encore l’accès à l’éducation : le centre communautaire de développement de la petite enfance (ECD) était installé dans un bâtiment scolaire éloigné du village. Pour de jeunes enfants, parfois âgés de seulement trois ans, le trajet quotidien de plus d’un kilomètre était long et difficile. Pour certaines familles, cette distance limitait l’accès des enfants à l’éducation dès leur plus jeune âge.
Imaginer un lieu pensé pour les jeunes enfants
Face à cette situation, Karuna-Shechen a souhaité créer un espace plus proche des familles, conçu spécifiquement pour les jeunes enfants et mieux adapté au climat local.
L’objectif n’était pas simplement de construire une nouvelle salle de classe, mais d’explorer une manière de construire plus durable, confortable et adaptée aux réalités de la communauté.
Construire autrement, avec la terre
Au cours de cette réflexion, la construction en terre compactée est apparue comme une solution prometteuse. Déjà utilisée dans certaines régions du Népal, cette méthode utilise principalement de la terre disponible localement pour créer des structures solides et durables.
Elle présente également un avantage particulièrement adapté au climat de la région : la terre permet de réguler naturellement la température intérieure, en conservant davantage de fraîcheur pendant les fortes chaleurs et de chaleur durant les mois plus froids.
Cette approche apportait ainsi une réponse concrète aux conditions auxquelles les enfants étaient confrontés au quotidien, tout en proposant une alternative plus respectueuse de l’environnement.
Avec l’appui technique de Rammed Earth Solutions et la collaboration d’architectes, le projet a progressivement pris forme. Les plans ont été élaborés, examinés puis ajustés, tandis que la sécurité de la structure faisait l’objet d’une attention particulière. En parallèle, des échanges ont été menés avec les autorités locales et les membres de la communauté.

Un projet porté par la communauté

Au départ, l’idée de construire en terre a suscité certaines hésitations. Cette technique était nouvelle pour une partie de la communauté et les autorités locales avaient également des réserves. Grâce au dialogue, à l’accompagnement technique et à la confiance qui s’est progressivement construite, les perceptions ont évolué.
Une étape décisive a été franchie lorsque Tulsi, habitant du village et président du centre de développement de la petite enfance, a proposé de faire don d’une partie de son propre terrain pour accueillir le futur centre.
Ayant lui-même connu les difficultés d’accès à l’éducation dans son village, Tulsi savait ce que représentait un long trajet pour étudier. Son don de 3 000 pieds carrés de terrain, soit environ 280 m², a permis d’installer le nouveau centre au cœur du village et d’éviter aux plus jeunes un trajet quotidien de plus d’un kilomètre.

Je ne fais rien d’extraordinaire. Je fais simplement ce qui me semblait juste. Sur le papier, cette terre m’appartient, mais les enfants de ce village sont aussi les miens. Si donner une petite partie de ce que j’ai peut rendre leur vie un peu plus facile, cela me suffit.



Un nouvel espace pour apprendre
Aujourd’hui, le bâtiment est achevé et prêt à accueillir les enfants. Situé au cœur du village, le nouveau centre de développement de la petite enfance leur offre un espace sûr, confortable et accessible, où leurs premiers pas dans l’éducation peuvent commencer dans de meilleures conditions.
Au-delà du bâtiment, le projet montre ce qui devient possible lorsque savoir-faire locaux, innovation et engagement communautaire se rejoignent. La construction en terre compactée offre ici une réponse concrète aux contraintes climatiques et environnementales, tout en permettant de créer un espace adapté aux besoins des jeunes enfants.
L’expérience de Bijayanagar pourrait ainsi ouvrir la voie à d’autres initiatives similaires dans les zones rurales du Népal : des lieux d’apprentissage conçus au plus près des communautés, avec des solutions adaptées à leur environnement et aux réalités locales.
