Dans la Vallée de Ruby, le premier obstacle pour accéder aux soins reste simplement la distance. Deependra Panta, Responsable des Programmes Santé et Hygiène au Népal raconte son expérience auprès des communautés de la région et ce que les camps de santé changent concrètement pour elles.
L’éloignement, un obstacle aux soins

Dans la Ruby Valley, accéder aux soins ne se résume pas à décider d’aller dans un centre de santé : le trajet lui-même est souvent le principal obstacle. Les communautés vivent dispersées dans des régions montagneuses isolées, où le centre de soins spécialisé le plus proche peut se trouver à six heures de route. Pendant la mousson, certaines routes deviennent impraticables pendant près de quatre mois. Lorsqu’une personne tombe gravement malade pendant cette période, elle peut être transportée pendant des heures sur une civière portée par des voisins et des porteurs, simplement pour rejoindre un poste de santé.
Pour bénéficier de soins spécialisés, il peut être nécessaire de parcourir jusqu’à 75 km pour rejoindre le chef-lieu du district, ou 165 km jusqu’à Katmandou. Pour les familles aux revenus modestes, cette distance n’est pas seulement un désagrément : c’est souvent la raison pour laquelle un problème de santé reste sans traitement pendant des années.
Faire venir les spécialistes au plus près
C’est pourquoi les camps de santé sont si importants ici. En faisant venir directement dans les communautés des spécialistes, nous pouvons atteindre des personnes qui, autrement, ne recevraient probablement jamais ces soins.
Grâce à ces camps, les personnes peuvent bénéficier d’un dépistage et d’opérations de la cataracte, de soins de santé reproductive, d’échographies pour les femmes enceintes, de soins dentaires, de consultations en orthopédie et d’un dépistage des maladies non transmissibles, souvent le jour même.



Nous travaillons en étroite collaboration avec les structures de santé locales, les hôpitaux du district, des prestataires privés, des ONG et des spécialistes indépendants afin de mobiliser l’expertise adaptée à chaque besoin. Lorsque les soins ne peuvent pas être réalisés pendant le camp, nous veillons à ce que les personnes soient orientées vers les services appropriés.
Avec le soutien de Karuna-Shechen, un centre ophtalmologique rural a été créé localement et Sertung dispose désormais de son propre médecin. Certains de ces soins sont ainsi progressivement disponibles de manière plus régulière.
Ce que cela change au quotidien
Une expérience qui m’est particulièrement restée en mémoire est ma rencontre avec des femmes qui vivaient depuis des années avec un prolapsus utérin, supportant leur douleur en silence parce que les soins étaient tout simplement hors de leur portée. D’autres souffraient d’infections pelviennes qui ne nécessitaient rien de plus que des médicaments de base, mais même ceux-ci n’étaient pas disponibles pour elles.
Grâce aux camps, nombre de ces femmes ont enfin pu recevoir l’opération ou le traitement dont elles avaient besoin. Les voir repartir soulagées et entendre qu’elles pouvaient reprendre leurs activités quotidiennes sans douleur m’a rappelé à quel point les soins peuvent changer une vie dès lors qu’ils deviennent accessibles.

Les camps de santé sont importants parce qu’ils rapprochent les soins spécialisés des personnes qui, autrement, ne recevraient peut-être jamais les traitements dont elles ont besoin. j’ai vu des personnes âgées retrouver la vue après une opération de la cataracte, des enfants recevoir des lunettes qui leur permettent de lire à nouveau et des femmes enceintes accéder à des soins essentiels sans quitter leur vallée.
Deependra
Peu à peu, de nouvelles habitudes émergent
Au-delà des traitements, ces camps permettent aussi aux personnes de mieux comprendre leur santé et de consulter plus tôt, avant qu’un problème ne devienne grave. De plus en plus de femmes enceintes se renseignent sur le suivi prénatal et les échographies, davantage de parents amènent leurs enfants pour des examens de la vue, et les personnes ayant bénéficié des soins lors d’un camp invitent leurs voisins à venir au suivant.



Je suis né dans une région isolée du Népal, je comprends donc les difficultés auxquelles ces communautés sont confrontées, et c’est pourquoi ce travail compte autant pour moi. Chaque fois que je vois quelqu’un recevoir enfin les soins dont il avait besoin, cela me rappelle que la santé ne se résume pas aux traitements. Il s’agit aussi de dignité, de possibilités et de veiller à ce que les personnes vivant dans les régions isolées aient le même droit à des soins de qualité que n’importe qui, quel que soit leur lieu de vie ou leurs moyens financiers.
