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April 10 2020

Sécurité alimentaire en temps de crise : la parole à nos experts

A la date du 10 avril, le gouvernement Indien a rapporté un total de 6412 cas confirmés de COVID-19 et 199 morts liées au virus.

Dans un pays de 1,3 millions de personnes, les actions prises par le gouvernement ont été qualifiées par l’OMS d’ “impressionnantes”, mais son directeur a admis que le confinement général va avoir des “conséquences inattendues pour les plus pauvres”. C’est dans les pays en développement comme l’Inde que la pandémie mondiale fait le plus de ravages, sur le plan sanitaire, économique et social. Alors que Karuna-Shechen a dû arrêter momentanément ses activités, nos programmes sont plus que jamais pertinents pour favoriser l’autonomie et la résilience de nos bénéficiaires.

En Inde, une situation déjà précaire, accentuée par le confinement

Suite aux nombreux licenciements dans les secteurs de la vente, du tourisme, de l’hôtellerie et de la construction, des millions de travailleurs indiens se retrouvent aujourd’hui au chômage, avec pour beaucoup d’entre eux, une famille à nourrir. Cette situation sociale et économique secoue un pays déjà fragile sur ces deux plans car encore en développement. 

La baisse significative du pouvoir d’achat entraîne des difficultés en matière de sécurité alimentaire, déjà problématique en Inde, malgré les efforts de ce pays depuis la révolution verte des années 70. D’après le dernier recensement fait en 2011, 40% de la population Indienne souffrirait de malnutrition, 53% des femmes Indiennes en âge d’enfanter sont anémiques, et 36% des enfants de moins de cinq ans sont en sous poids (selon l’OMS et la Banque Mondiale). Avec un pouvoir d’achat diminué, ces chiffres risquent fortement d’augmenter, ce qui est très inquiétant, surtout pour les plus pauvres. 

Ces derniers jours, le gouvernement central a annoncé diverses mesures de secours pour aider les plus pauvres, notamment une aide financière de 1 000 roupies par mois (12€, soit près de 10% du salaire moyen en Inde de 127€ par mois) qui sera mise en place pour 3,5 millions de travailleurs journaliers. Une autre aide d’envergure sera la distribution gratuite de nourriture à 800 millions de personne, soit 60% de la population indienne. Karuna-Shechen salue l’annonce de ces mesures et espère qu’elles seront effectives rapidement.

L’impact sur “les plus pauvres des plus pauvres”, nos bénéficiaires 

Alors que l’Inde est à l’arrêt depuis 16 jours, et malgré l’arrêt de nos activités pour stopper la propagation du virus, le personnel de Karuna-Shechen sur le terrain maintient le lien avec les villages ruraux bénéficiaires, afin de suivre l’évolution de la situation dans nos zones d’intervention et transmettre les messages de prévention.

Dans les campagnes, la plupart des personnes travaillent en tant qu’agriculteurs sur des terres qui ne leurs appartiennent pas. L’impact économique est encore faible, car l’activité est maintenue, mais il se fait sentir un peu plus chaque jours. À l’approche de la saison sèche qui marque la fin de la plupart des récoltes, et si le confinement dure comme prévu les plus pauvres vont être fortement touchés, et bientôt beaucoup d’entre eux seront dans l’incapacité de se nourrir.

T.P. Singh, coordinateur de nos programmes dans le Bihar, explique que l’approvisionnement en milieu rural est partiellement possible, sous condition du respect strict des distances de sécurité sanitaire. “Les petits supermarchés locaux sont ouverts. Cependant, l’approvisionnement de légumes diminue, et ils doivent se contenter de ce qui est disponible localement.” Les marchés de fruits et légumes frais sont à l’arrêt et l’accès à ces denrées est compliqué pour ceux qui n’en cultivent pas eux-mêmes. Pour le moment, les habitants vivent grâce à leurs réserves et aux commerces de proximité.

Kalmi Lohar, Motivateur de Village Jharkhand

Dans le Jharkhand, la production agricole est plus abondante, selon Kalmi Lohar, Motivateur de Village pour Karuna-Shechen : “Il y a toujours de la nourriture dans la région comme du riz ou du blé, cultivé par les villageois. Ces produits sont utilisés dans le cadre d’une consommation personnelle la plupart du temps, et non pour être vendus sur les marchés”La disponibilité en vivres reste donc limitée, bien que le système ne soit pas totalement à l’arrêt… pour le moment.

L’autonomie alimentaire dans ces deux états, et particulièrement en milieu rural, reste un défi, accentué par l’accès limité à l’eau et des systèmes d’irrigation peu performants. Il est à craindre que nous soyons au bord d’une catastrophe humanitaire de grande envergure ! L’impact sera conditionné par le temps de confinement.

De l’importance de nos programmes d’autonomisation

Dans les villages où nous intervenons avec nos jardins potagers biologiques, la situation semble se présenter sous de meilleurs augures, que ce soit dans le Bihar ou dans le Jharkhand. En 2019, Karuna-Shechen a financé la plantation de plus de 18 000 jardins potagers, profitant à presque 100 000 personnes. Nos intervenants locaux sont unanimes : le projet fonctionne très bien, les familles sont plus autonomes et contentes de leur production.

“La situation, pour le moment, est sous contrôle. Il n’y a pas de panique ou de chaos dû au confinement et les villageois vivent avec une consommation journalière normale de nourriture”, nous explique Kalmi.

Nawal Kumar, Motivateur de Village, Bihar

Pour la plupart, les habitants utilisent les jardins potagers biologiques pour leur alimentation personnelle. C’est aussi une source d’occupation dans ce contexte où le pays est à l’arrêt. Malgré les distances de sécurité strictes mises en place afin d’éviter la propagation du virus, s’occuper de son jardin potager est encore possible.

Selon Nawal Kumar, Motivateur de Village dans le Bihar, “les déplacements sont réduits, mais les villageois sont autorisés à cultiver leur terres, avec un maintien des distances sociales obligatoires.” 

Dans le Jharkhand, où les marchés fonctionnent encore, les bénéficiaires sont d’autant plus satisfaits qu’ils peuvent vendre ce qu’ils ne consomment pas. Comme nous l’explique Kalmi Lohar, “le surplus de légumes après consommation est vendu sur les marchés locaux. L’argent ainsi obtenu est utilisé pour acheter les commodités essentielles.” 

La situation en Inde est préoccupante ! Heureusement, nos efforts en matière de sécurité alimentaire permettent à nos populations bénéficiaires d’être préservée dans ce contexte difficile et exceptionnel. Savoir que ces populations fragiles sont plus autonomes et en bonne santé est ce qui nous motive chaque jour à mettre l’altruisme en action.

 

 


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