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May 12 2020

#COVID19 – Soutenons le Népal, 5 ans après le tremblement de terre

[Nos experts ont la parole] Entretien avec Shalav Rana, directeur pays de Karuna-Shechen au Népal.

Shalav Rana dirige les programmes de Karuna-Shechen au Népal. Il aplus de 15 ans d’expérience dans le secteur associatif dans le pays. Il a étudié au Népal et au Royaume-Uni : diplômé d’un master de sociologie et d’un master en communication.

12 mai : triste anniversaire en de tristes circonstances

Le 25 avril et le 12 mai 2015, deux tremblements de terre ont ravagé le Népal, causant la mort de plus de 9 000 personnes dans le pays. La destruction des habitations a entraîné le déplacement interne de plus de deux millions de migrants qui se sont retrouvé sans abri, à la recherche de nourriture et de fournitures médicales pour aider les blessés. Ce 12 mai marque le cinquième anniversaire de la catastrophe qui a causé tant de dégâts. Il reste beaucoup à faire pour réussir à reconstruire le pays et certaines populations sont toujours en détresse. C’est dans ces circonstances difficiles que le Covid-19 est apparu, laissant le pays dans une grande incertitude. À bien des égards, la crise du Covid aura un impact similaire à celui des tremblements de terre de 2015 au Népal, explique Shalav Rana.

Les deux crises sont de nature différente, mais toutes deux sont malvenues et causeront des dommages certains. Le tremblement de terre nous a forcé à quitter nos maisons. Nous devions vivre dans des tentes, avec nos voisins, et dans des espaces ouverts pendant deux mois, car nous continuions à recevoir de puissantes répliques qui ont vraiment secoué nos maisons et créé une terrible torture mentale. Le COVID-19 nous force à rester à l’intérieur. Il nous empêche de parler à nos voisins, nous enferme dans nos maisons. Je pense qu’à long terme, du moins économiquement, le virus pourrait vraiment paralyser le Népal.

Nous devons nous préparer à un déconfinement difficile, tant en matière de santé que de sécurité alimentaire :

“Pendant le tremblement de terre, près de 10 000 vies ont été perdues instantanément. Jusqu’à présent, personne n’est mort du COVID au Népal. Cependant, les gens souffrent mentalement et physiquement pendant le confinement car nous restons au même endroit. Il y a eu des plaintes pour abus déposées par des épouses, et des violences physiques. Comme toute la famille est confinée, ce sont les femmes qui travaillent davantage car elles font la plupart des travaux ménagers. Chaque fois qu’une crise comme celle-ci frappe, ce sont surtout les femmes, les personnes âgées et les personnes économiquement vulnérables qui souffrent le plus“.

 

Le Népal va-t-il surmonter les défis économiques à venir ? 

L’année 2015 fut un désastre économique pour le pays. Outre la réorientation des fonds vers la reconstruction du pays, le Népal a dû faire face à une saison touristique blanche. Le tourisme est particulièrement important au Népal : en 2017 il représentait 7,8% du Produit Intérieur Brut du pays. Le gouvernement a mis en place un grand plan de relance du tourisme avec le programme “Visit Nepal 2020”, qui devait débuter en mars cette année. C’était sans compter sur l’arrivée du Covid-19 dans le pays et le confinement. Le Népal est maintenant confronté à une deuxième saison blanche avec la fermeture du Mont Everest et le blocage des vols internationaux. 

“En ce qui concerne l’économie, elle risque de très mal résister. Plus de 5 millions de Népalais travaillent à l’étranger. Ils envoient des fonds chez eux, et 25% de l’économie népalaise en dépend. Mais avec la crise du COVID, cela va largement diminuer. Dans d’autres domaines, comme le commerce, la fabrication et l’expansion des infrastructures, le Népal souffrira autant que le reste du monde.

En plus du danger économique dû à l’arrêt complet du tourisme, de nombreuses personnes ont perdu leur emploi avec la fermeture temporaire de toutes les entreprises et l’arrêt du travail journalier. Pour l’instant, le gouvernement distribue de la nourriture, mais uniquement aux résidents permanents, excluant ainsi tous les migrants internes qui sont parmi les plus vulnérables. 

“Dans les grandes villes comme Katmandou, les personnes pauvres ont beaucoup souffert de la fermeture. Ils sont ce que nous appelons des travailleurs journaliers. Ils doivent aller travailler tous les jours et gagner leur vie. Comme il n’y a pas d’activité économique pendant le confinement, ils n’ont pratiquement pas d’argent et rien à manger. Beaucoup de ces travailleurs sont retournés dans leurs villages, où, avec un peu de chance, ils ont une maison et un peu de terre à cultiver“.

En effet, après l’annonce de l’enfermement, le Népal a été confronté à une migration vers les campagnes similaire à celle de l’Inde (Voir l’article “Les migrations en Inde“). 

Atelier de sensibilisation sur des migrations plus sûres et le danger du trafic d’êtres humains au Népal

Se renforcer et préparer l’avenir, avec les Népalais

Au cours des 5 dernières années, Karuna-Shechen a mis en place de nombreuses actions pour répondre à la détresse des  populations les plus touchées par les tremblements de terre de 2015. Ce programme pluri-annuel et multisectoriel a profité efficacement à 58 villages de montagne. Plus de 210 000 personnes ont bénéficié de notre aide en 2015, et à ce jour, nous nous engageons à maintenir notre soutien et notre coopération avec elles. En 2019, nous avons ainsi distribué 2 800 dépliants et formé 649 formateurs aux premiers secours qui sensibilisent  aux catastrophes naturelles au Népal. Grâce à différents projets de réhabilitation, nous avons assuré l’éducation, la sécurité alimentaire et sanitaire, installé l’électricité solaire et mis en œuvre des programmes de préparation aux urgences. 

 Lors du tremblement de terre, nous avons atteint les villages les plus reculés et nous avons pu entrer en contact avec des personnes que nous n’avions jamais vues ni entendues auparavant. En fait, tout le Népal était uni. Nous avons appris à travailler avec notre cœur et de manière désintéressée. Tout le monde a souffert, et nous avons tous pleuré ensemble. Nous avons promis de construire ensemble et de reconstruire en mieux“.

Nos activités étant à l’arrêt depuis le Lundi 23 mars, nous préparons au mieux la reprise dès la fin du confinement Népalais

Nous sommes conscients des défis auxquels font face les Népalais et nous préparons déjà l’avenir avec la mise en place d’actions qui seront mises en œuvre dès que nous serons autorisés à reprendre pleinement nos activités.

Nous sommes très motivés à reprendre nos activités immédiatement. Nous devons faire attention à la manière dont nous redevenons actifs en gardant à l’esprit la propagation du virus et la prudence nécessaire qu’elle induit. Nous devons donc planifier cela avec soin. Au cours de la première semaine [de déconfinement prévue le 18 mai], nous réévaluerons tous nos projets, nous planifierons à nouveau et nous verrons tout ce que nous pouvons réaliser cette année. […] Nous chercherons à voir comment et où nous pouvons aider les personnes touchées par le virus.

En ces temps difficiles, nous devons nous tourner vers l’avenir et décider quel monde nous voulons construire après cette crise mondiale. Il est temps de changer, d’évoluer et d’agir de manière plus altruiste. 

 

« En cette ère actuelle, nous sommes confrontés à de nombreux défis. L’un de nos principaux problèmes consiste à concilier les exigences de l’économie, la recherche du bonheur et le respect de l’environnement. Ces impératifs correspondent à trois échelles de temps – court, moyen et long terme – sur lesquelles se superposent trois types d’intérêts : les nôtres, les intérêts de nos proches et ceux de tous les êtres sensibles » ~ Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme

 


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