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April 29 2020

#COVID19 en Inde – Crise migratoire et avenir incertain

20 ans d’exode rural : entre opportunités et illusions 

Au cours de ces vingt dernières années, l’Inde a observé un phénomène massif d’exode rural. Le dernier recensement du pays de 2011 faisait état d’une population encore très majoritairement rurale : seule 31% de la population était urbaine. À titre de comparaison, nous comptons 80% d’urbains en France. Depuis, le pays s’urbanise rapidement et ses grandes villes telles que Mumbai ou Delhi font partie des aires urbaines les plus peuplées du monde, et rassemblent à elles deux près de 50 millions d’habitants. En l’espace de 20 ans, quasiment 7% de la population indienne a migré vers les villes selon les chiffres de la banque mondiale. Il est estimé qu’un Indien sur cinq a déjà migré à l’intérieur du pays. Les facteurs qui encouragent cette migration vers la ville sont nombreux.

La pauvreté régnant dans les zones rurales est une des principales motivations de migration vers les villes, cependant l’exode rural auquel fait face l’Inde ne peut être résumé à cela. Habiter en ville, c’est avoir accès à des infrastructures de santé, des opportunités économiques, à l’éducation, aux loisirs, mais aussi à de nouvelles normes sociales : une meilleure place de la femme dans la société, la possibilité de mariages inter-castes et d’évolution sociale. Une autre des nombreuses causes est le manque d’opportunités nouvelles dans le secteur agricole. D’un côté les leaders du marché s’approprient les terres pour l’agriculture intensive, et de l’autre les petits producteurs ont du mal à faire face aux aléas climatiques dus au réchauffement planétaire, en plus de voir leur surface de culture diminuée.   

Mais la réalité est souvent toute autre une fois arrivé en ville. Beaucoup travaillent à la journée dans l’économie informelle (ensemble des activités qui échappent au contrôle de l’état) comme la conduite de tuk-tuk ou la vente sur les marchés. La densité importante fait de l’accès au logement un défi pour les plus pauvres qui n’ont d’autre choix que d’habiter dans les bidonvilles à l’intérieur ou en périphérie des villes. La situation environnementale devient également alarmante dans les villes : la gestion des déchets est compliquée et la pollution créée par tant d’activités a considérablement dégradé la qualité de l’eau et de l’air. Le quotidien de beaucoup d’habitants des grandes villes est donc très instable.

Société fragile et précaire, l’équilibre menacé

Le virus COVID-19 a entraîné le confinement total de l’Inde afin d’assurer la sécurité sanitaire du pays. Cette situation unique a bousculé l’équilibre très fragile de la société indienne. Dans ce pays d’1,3 milliards d’habitants, les populations les plus démunies, déjà fragiles, font face à des difficultés nouvelles, menaçant leur existence.  La crise est multiforme, elle est sanitaire, mais aussi économique et migratoire.

En effet, beaucoup de travailleurs journaliers des villes ont perdu leur emploi dès le lendemain de l’annonce du confinement. Ils se sont retrouvés instantanément sans revenu et sans capacité de subvenir aux besoins de leur famille, y compris payer le logement qu’ils occupent. Une situation exacerbée par la pénurie alimentaire générale. Une grande partie de la population parmi les plus pauvres survit uniquement grâce aux rations de riz et lentilles distribuées par le gouvernement. Les interventions des organisations non gouvernementales sur place sont largement ralenties par les mouvements de panique d’une population qui a faim. Leur santé, déjà très fragile, est aussi gravement menacée. Dans les bidonvilles règne l’insalubrité, le manque d’infrastructures y est chronique et la densité de population y est extrêmement élevée – les familles, souvent nombreuses, vivent dans une seule pièce. Dans ces conditions, il est impossible de respecter les mesures d’hygiène de base.

La troisième dimension de cette crise – les mouvements migratoires – résulte des deux premières. Par manque d’argent, beaucoup perdent leur logement et tout moyen de subsistance, ils cherchent alors à rejoindre leurs villages natals où ils pourront trouver un toit et de la nourriture. Le confinement a donc entraîné des mouvements massifs de retour vers les campagnes. Afin d’assurer le confinement, le gouvernement a stoppé tous les trains, les bus et tous les avions pour maintenir les gens là où ils se trouvent. Le manque de transport conduit donc certains à marcher des jours, sans nourriture, parfois avec des enfants. Les médias ont montré ces marées humaines de travailleurs urbains cherchant à s’enfuir des villes pour rejoindre les campagnes.

En dehors des villes la situation est très différente. Les villages sont pour le moment préservés d’une propagation massive du virus, notamment dans les zones où Karuna-Shechen intervient. Les projets durables que nous mettons en place améliorent les conditions de vie, particulièrement dans ces temps de crise : accès à l’eau potable et  jardins potagers biologiques permettent, à l’heure actuelle, d’assurer l’autonomie des familles. Les zones rurales sont donc très attractives pour les habitants des villes en exode.

Pour l’heure, nourrir et loger quelques bouches de plus n’est pas une difficulté et la solidarité permet d’aider ceux qui sont les plus en difficulté. La période des récoltes et celle des moissons offrent encore du travail et des vivres en milieu rural. Mais si le confinement se prolonge, la sécurité sanitaire et alimentaire de tout le pays sera alors sérieusement menacée. La situation est incertaine et effrayante !

L’après COVID-19 : Quel futur pour l’Inde ?

Malgré l’arrêt complet de nos activités en Inde, les équipes de Karuna-Shechen travaillent dur afin d’assurer la reprise de nos activités dès la fin du confinement, pour le moment prévu pour le 3 mai. Nos membres sur place gardent un contact quotidien avec les motivateurs de villages (les habitants qui jouent le rôle de relais pour Karuna-Shechen) afin de prendre la mesure de la situation sur place. Nous pouvons donc comprendre les enjeux actuels, mesurer les besoins à venir et les répercussions de la crise sur les populations que nous aidons. Lorsque cela est nécessaire, nous travaillons avec les autorités locales pour solutionner les cas de maladies les plus graves qui nous sont rapportés.

Pour le moment, les villageois restent autonomes pour leur alimentation. Organiser une distribution de nourriture n’est donc pas judicieux pour ne pas briser la coopération naturelle à l’oeuvre, créer une situation d’assistanat et d’éventuels mouvements de foule que nous ne serions pas capable d’endiguer. Mais nous nous tenons prêts à agir lorsque cela deviendra indispensable. Pour cela, nos travailleurs sociaux identifient les groupement de familles les plus isolées et vulnérables qui seront les premières à souffrir de la faim. 

 

Il est aussi important d’établir un plan d’aide à long terme car, même si elle est loin d’être finie, cette crise multidimensionnelle aura de fortes répercussions, pas seulement sur la santé, mais surtout sur le plan économique.

 

 

La très probable récession et le système d’emploi en Inde vont laisser des millions de personnes en situation de très grande pauvreté pour une durée encore indéterminée. Pour un Indien rural, il n’y a ni assurance chômage, ni sécurité sociale !

Des scénarios d’action sont à l’étude, mais il est certain que Karuna-Shechen mettra en place une aide pour favoriser le retour à l’emploi, la création d’activité économiques, et plus encore la des solutions favorisant l’autonomisation des populations et le respect de l’environnement. 

L’altruisme doit continuer à être mis en action et nous mener, tous ensemble vers un avenir meilleur ! Un changement s’impose, mais dans quelle direction ? Matthieu Ricard fait référence à la création d’une harmonie durable: vivre simplement mais vivre respectueusement.

 

“Une situation qui assurerait à chacun un mode de vie décent et réduirait les inégalités tout en cessant d’exploiter la planète et le monde du vivant à un rythme effréné. Pour parvenir à cette harmonie et la maintenir, il faut prendre conscience qu’une croissance matérielle illimitée n’est nullement nécessaire à notre bien-être et que ce qu’il reste de la part sauvage du monde doit être préservé pour lui-même et non pour notre usage.” ~ Matthieu Ricard

 


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